Respirer mieux au quotidien : ce que peut vraiment la kinésithérapie respiratoire
Un essoufflement qui s’installe à la moindre montée d’escalier, une toux qui traîne après une infection, une maladie respiratoire chronique qui limite les activités du quotidien : ces situations touchent un grand nombre de patients. La kinésithérapie respiratoire est souvent méconnue, alors qu’elle constitue aujourd’hui un pilier reconnu de la prise en charge de nombreuses maladies respiratoires chroniques.
Kine Saxe Paul-Bert
7/6/20264 min read


Ce que peut apporter la kinésithérapie respiratoire
Le kinésithérapeute intervient pour vous aider à mieux gérer votre souffle et retrouver de l’autonomie. Son accompagnement peut viser à :
• réduire la sensation d’essoufflement dans les activités quotidiennes ;
• améliorer votre capacité à l’effort grâce à un réentraînement progressif ;
• vous apprendre des techniques de respiration et de gestion de l’énergie ;
• limiter les hospitalisations liées aux maladies respiratoires chroniques ;
• vous accompagner après une infection respiratoire, y compris après une COVID-19.
Cette prise en charge, appelée réhabilitation respiratoire, associe kinésithérapie, réentraînement à l’effort et, souvent, un accompagnement psychologique et nutritionnel.
Les preuves scientifiques : que dit la recherche
Chez les personnes atteintes de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), la réhabilitation respiratoire a fait l’objet d’une revue Cochrane de référence, qui conclut qu’elle améliore significativement la qualité de vie et la capacité à l’exercice par rapport aux soins courants (1). Un programme dure en général 6 à 12 semaines, avec 2 à 3 séances par semaine en ambulatoire (2).
Après une COVID-19, la kinésithérapie respiratoire trouve aussi sa place. Une méta-analyse regroupant 34 études et près de 2000 patients souffrant de symptômes prolongés a montré des effets modérés à importants sur l’essoufflement, la capacité physique, la qualité de vie et les symptômes dépressifs associés (3).
À l’inverse, la science a aussi permis de faire évoluer certaines pratiques. Depuis 2019, la Haute Autorité de Santé ne recommande plus la kinésithérapie de désencombrement bronchique (clapping, vibrations) lors d’un premier épisode de bronchiolite aiguë chez le nourrisson de moins de 12 mois, faute de bénéfice démontré (4). Cet exemple illustre bien une chose : une prise en charge sérieuse s’appuie sur les preuves disponibles, y compris quand elles remettent en question des habitudes anciennes.
À quoi ressemble une prise en charge au cabinet
La première séance commence par un bilan respiratoire complet : test à l’effort, mesure du souffle, évaluation de vos symptômes et de vos objectifs de vie quotidienne. Le programme associe ensuite un réentraînement progressif à l’effort (marche, vélo), un travail de la respiration et, si besoin, des techniques de désencombrement bronchique. Des conseils sur la gestion de l’essoufflement dans les gestes du quotidien complètent la prise en charge, ainsi qu’un accompagnement au sevrage tabagique si nécessaire.
Sécurité et contre-indications
La réhabilitation respiratoire est sûre et adaptée à l’état de chaque patient, y compris en cas de maladie sévère, sous réserve d’une évaluation médicale préalable. Certaines situations nécessitent des précautions particulières : instabilité cardiaque récente, désaturation importante en oxygène ou infection respiratoire aiguë évolutive. Chez le nourrisson, comme évoqué plus haut, les techniques de désencombrement forcé ne sont plus indiquées lors d’un premier épisode de bronchiolite ; seul le lavage de nez régulier est recommandé à domicile, en surveillant les signes d’aggravation.
Questions fréquentes
La kinésithérapie respiratoire peut-elle guérir ma maladie chronique ? Non, elle ne guérit pas la maladie sous-jacente, mais elle améliore nettement le souffle, la tolérance à l’effort et la qualité de vie au quotidien.
Faut-il continuer les exercices après la fin du programme ? Oui. Les bénéfices s’estompent progressivement si l’activité physique n’est pas maintenue ; le kinésithérapeute vous aide à construire une routine durable.
La kinésithérapie respiratoire est-elle utile après un simple rhume ? Non, elle n’est pas nécessaire pour une infection respiratoire banale sans complication ; elle est réservée aux situations chroniques ou aux suites d’infections plus sévères.
Exemple pratique
Marc, 62 ans, atteint de BPCO, s’essoufflait dès qu’il montait un étage. Son programme de réhabilitation a débuté par un test de marche pour évaluer sa capacité initiale, puis un réentraînement progressif sur vélo d’appartement, deux fois par semaine, associé à des exercices de respiration. Après huit semaines, il montait ses deux étages sans s’arrêter et avait repris la marche avec ses petits-enfants.
Conclusion
La kinésithérapie respiratoire ne se limite pas au désencombrement bronchique : c’est une prise en charge globale, fondée sur des preuves solides, qui redonne du souffle et de l’autonomie aux patients atteints de maladies respiratoires chroniques ou en suites d’infection. Comme toute pratique de soin sérieuse, elle évolue avec la science, y compris lorsque cela signifie abandonner certaines habitudes.
Cet article fournit une information générale et ne remplace pas un avis médical personnalisé.
Références (Vancouver)
1. McCarthy B, Casey D, Devane D, Murphy K, Murphy E, Lacasse Y. Pulmonary rehabilitation for chronic obstructive pulmonary disease. Cochrane Database Syst Rev. 2015;2:CD003793. doi:10.1002/14651858.CD003793.pub3. PMID: 25705944. (Accès libre)
2. Haute Autorité de Santé. Comment mettre en œuvre la réhabilitation respiratoire pour les patients ayant une bronchopneumopathie chronique obstructive ? Saint-Denis: HAS. Disponible sur : has-sante.fr (Accès libre)
3. Meléndez-Oliva E, Martínez-Oliva O, Cuenca-Zaldívar JN, Villafañe JH, Jiménez-Ortega L, Sánchez-Romero EA. Efficacy of Pulmonary Rehabilitation in Post-COVID-19: A Systematic Review and Meta-Analysis. Biomedicines. 2023;11(8):2213. doi:10.3390/biomedicines11082213. PMID: 37626710. (Accès libre)
4. Haute Autorité de Santé. Bronchiolite aiguë : la kinésithérapie respiratoire de désencombrement bronchique n’est plus recommandée. Saint-Denis: HAS; 2019. Disponible sur : has-sante.fr (Accès libre)
kinésithérapie respiratoire, réhabilitation respiratoire, BPCO, essoufflement, post-COVID
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